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Portrait de

François Jung-Rozenfarb

29 ans

Responsable du développement
chez CARE France

web : www.care-france.org

"Je fais aujourd’hui ce que j’ai rêvé de faire, et en même temps je crois que c’est parce que j’en ai rêvé que je le fais. Au bout du compte, j’ai l’impression que le plus difficile n’est pas de suivre ses rêves mais d’arriver à les écouter ! Notre société raisonne beaucoup, laisse peu de place aux envies, et il est parfois difficile d’arriver à savoir ce que nous voulons faire. A l’âge adulte, il n’est pas facile de se défaire des cadres que notre éducation nous a donnés, alors que c’est justement le moment où nous serions censés nous affirmer dans toute notre originalité. Ce n’est pas facile non plus de mettre de côté nos peurs et nos angoisses, qui si elles sont parfois des garde-fous utiles, nous cantonnent trop souvent aux sentiers battus. Je crois qu’il faut laisser un peu plus la place au rêve et à l’intuition : j’ai rêvé de travailler à améliorer le système dans lequel nous vivons, et c’est ce que j’ai l’impression de faire maintenant que je suis responsable du développement chez CARE, où je m’occupe des partenariats avec les entreprises dans le cadre de leur démarche de responsabilité sociale et environnementale.

Avant de commencer ma carrière dans les ONG, j’ai passé dix ans à me consacrer à autre chose : la danse sportive en compétition, à un haut niveau. Cette passion a longtemps orienté mes choix, mais j’ai du un jour l’abandonner pour pouvoir pleinement me consacrer aux études. Ma quête de sens et d’épanouissement personnel à rapidement repris le dessus… L’intérêt que j’avais pour l’économie, et la conscience des injustices qui peuvent exister, m’a amené à vouloir améliorer le système dans lequel nous vivons. J’ai choisi de faire une école de commerce. A l’heure des stages en entreprise, j’ai commencé à envoyer mon CV dans les ONG. Au début, sans expérience, personne ne voulait de moi. Comme je suis originaire à Toulouse, j’ai fini par contacter directement la branche locale de Médecins du Monde : les bureaux de province sont généralement moins fermés que les sièges parisiens. C’est là où j’ai fait mon premier stage, dans la recherche de financements. Mes parents étaient un peu inquiets de me voir opter pour une carrière en apparence peu prometteuse, mais ils m’ont tout de même soutenu. J’avais enfin re-trouvé une activité qui m’apportait du sens, comme la danse auparavant, et à partir de là, tous mes stages ont été dans les ONG. Dans la continuité de ce premier stage, j’ai été embauché chez Médecins du monde. Quand un des directeurs de l’association est parti chez CARE, je l’ai suivi. Là encore, j’ai eu de la chance car on m’a laissé m’intéresser aux sujets qui me plaisaient, notamment les partenariats avec les entreprises– le sujet sur lequel portait mon mémoire de fin d’études, au grand désespoir de mes professeurs ! Avec du recul, je m’aperçois que je n’ai jamais postulé formellement à un emploi, chaque chose est venue comme dans une suite logique, sans rupture : c’est cela surtout qui m’a donné l’impression que quand on s’écoute, on ne peut pas prendre une mauvaise voie.

Ce qui m’a beaucoup aidé au début de ma carrière, c’est que je ne craignais pas de ne pas trouver d’emploi bien rémunéré. Accroché à mes rêves, j’ai pris des risques avec une insouciance complète et cela a été un facteur déterminant : je vois trop d’amis qui ne se sont pas écoutés et qui ont choisi la voie la plus sûre, soumis aux pressions des parents et à celles qu’ils s’imposaient eux-mêmes. Pour ce qui est de la peur du risque, elle vient, j’imagine, d’angoisses profondes liées par exemple au chômage d’un parent, au manque d’argent qu’ils ont pu connaître dans leur enfance… moi, j’ai eu la chance de ne pas avoir à vivre ça.

Quelque part mon choix fut existentiel et assez égocentrique : ce travail a mis fin à mes angoisses d’adolescent et m’a donné confiance dans le fait que la prochaine étape ne dépendrait que de moi. Finalement, il ne faut pas trop réfléchir. Aujourd’hui j’ai le sentiment de participer à l’Histoire en travaillant sur quelque chose qui contribue à construire du mieux.

Jusqu’à peu, j’avais l’impression de ne faire aucun sacrifice, mais maintenant je commence à ressentir l’écart qui se creuse entre l’évolution de mon salaire et celui de mes camarades de promotion. Cette question se pose aussi davantage quand votre choix de carrière impose des sacrifices à votre famille : j’ai maintenant une petite fille et ça commence déjà à changer des choses…"

Mes messages-clefs
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Le meilleur conseil que je peux tirer de mon expérience, c’est d’abord de s’écouter, en essayant de distinguer les envies réelles des envies fantasmées. Paradoxalement, quand je suis contacté par des gens qui sont en pleine phase de recherche ou de reconversion, je déconseille au premier abord plus que je ne conseille de venir travailler dans les ONG : il faut vraiment que ce soit une envie profonde et un choix déterminé."

 

 


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